Habiter , c'est exister !

20/06/2020

Que signifie « habiter » ?

Selon le dictionnaire cela signifie occuper un lieu. L'habitat signifie un lieu propice à l'évolution d'un individu. C'est ce lieu où il peut espérer développer le meilleur de lui-même sans trop en sortir. « Habiter » est quant à lui bien plus riche. Habiter revient à une vision plus philosophique, que physique ou matérielle. On peut habiter un lieu, mais on peut aussi, et surtout, « être habité ». Être habité d'une conviction, d'une passion, être habité par ses démons également. Être habité signifie devenir le foyer de nos tourments ou de nos passions. De la même façon que l'on cherche à faire de notre habitat, quelque chose que l'on transforme, pour qu'il nous ressemble, il est important de veiller à être habité de passions, de valeurs, et de tourments qui nous ressembles. C'est ainsi que nous trouvons notre épanouissement. Habiter revient aussi à la situation géographique. On habite une ville seulement lorsqu'on s'y sent intégrer. Seulement lorsqu'on se sent comme partie intégrante de la vie qui se fait autour de nous. Que ce soit de nos rapports de voisinages, ou jusqu'à l'implication politique ou associative. Habiter une ville, un village, c'est participer à son effervescence. Notre quartier, notre rue, nos lieux de vies habituels comme les petits commerces ou le cinéma, le café du coin, sont des extensions de notre habitat, devenant ainsi une extension de notre zone de confort.

À une époque, dans la région de Jérusalem, il était de coutume que l'habitation soit le reflet de l'histoire familiale. Ainsi, de la même façon qu'une famille doit toujours restée unie, lorsqu'un enfant devenait à son tour parent, ou qu'il se mariait, il ne partait pas du foyer familial pour aller vivre quelques kilomètres plus loin. Une annexe était simplement ajoutée à la maison familiale, formant une sorte de demeure mitoyenne, mais reliée à celle d'origine par ses accès. Ainsi, on pouvait juger de la grandeur d'une famille à la taille de son foyer. Ainsi, on habitait une demeure, comme on demeurait membre de la famille pour toujours.

La troisième marche qui grince toujours, la porte de la buanderie qui ne ferme plus très bien, ce trou dans la toiture, qui fait fuir quand il pleut. Peu importe l'état de la pagode, c'est au fil de notre histoire, qu'elle s'abîme, qu'elle s'érode.

Mais chez certains, vient l'appel du changement, l'envie d'un nouveau printemps.

Ainsi, le déménagement, peut être considéré comme une sorte de rupture avec la vie qui le précède. Il est une sorte de nouveau départ dans une vie n'apportant pas entière satisfaction. Une vie stagnante sans aucune perspective d'évolution. Déménager, c'est poursuivre son envol ou se donner le droit à une seconde chance.

Le foyer montre assez souvent, l'ordre ou le désordre qui règne en chacun d'entre nous. Ainsi, chez certaines personnes « chaque chose a sa place, et chaque place a sa chose », de sorte que l'ordre est le maître mot, chaque pièce à sa fonction et il en va de l'organisation de toute une vie. Chez d'autres, le repas se prend dans la chambre, on fait les devoirs dans la cuisine et on se lisse les cheveux dans le salon. Et alors ? Qui a-t-il de mal à cela ? Du moment que cela ne crée pas un sentiment d'inconfort, votre foyer peut ressembler à votre monde intérieur. Après tout, n'y a-t-il pas meilleur endroit où remettre de l'ordre ? Et si remettre de l'ordre « chez soi », devenait la symbolique de l'ordre qu'on désire retrouver « en soi » ? Et si c'était en cela que se trouve le secret de l'amour « propre » ? Vivre bien chez soi, c'est s'offrir un havre de paix dans lequel recharger nos batteries. Changer son intérieur lorsqu'on décide que cela ne peut plus durer, quoi de plus naturel au fond ?

Mettre de l'ordre dans son grenier, comme on fait le tri dans ses idées. Vider la cave comme on vide son sac lorsqu'on a le cœur trop lourd. Tout cela pour monter les marches de son épanouissement. Mettre de l'ordre dans sa vie en vidant les placards, pour se libérer de vieux dossiers auxquels on repense trop souvent. Faire place nette pour se sentir habiter d'un vent de légèreté, et de renouveau. Parce qu'habiter c'est exister, parce que mon habitat, c'est une partie de moi.

Recevoir chez soi, c'est un peu comme donner une place en sa demeure, comme on donne une place dans son cœur. Emménager ensemble, c'est un peu deux logements qui s'assemblent. Cette mitoyenneté enfin rassemblée, n'est pas sans peur, ni sans compromis. Cohabiter, c'est s'offrir à l'autre, sans filtre, sans mur, sans cloisons. Je suis habité par toi, tu peux habiter chez moi. C'est autour de ces quatre murs et de ce toi que notre histoire s'écrira.

Emmanuel OLIVIER...